mercredi 11 juillet 2012

Louis XVIII dans son cabinet de travail aux Tuileries, par François Gérard (1770-1837).

Huile sur toile. Hauteur : 2.710 m. Longueur : 3.170 m. Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon (C) RMN (Château de Versailles) / Gérard Blot.

Corbière (1766-1853) mentionne dans ses Souvenirs ce portrait de Louis XVIII (1755-1824) méditant la Charte. Il précise : "C'est celui où Gérard a le mieux saisi son regard." Il a sous les yeux, en écrivant cela, la gravure réalisée à partir de cette œuvre. Louis XVIII a souhaité que la modeste table en noyer qui l'avait accompagné dans son exil soit placé dans son cabinet des Tuileries. Elle avait l'avantage, pour le souverain impotent, de pouvoir être repoussée sans effort. Le roi offrit ce tableau à la comtesse du Cayla pour orner son château de Saint-Ouen.

 Le château de Saint-Ouen construit, à l'italienne, par l'architecte Jean-Jacques-Marie Huvé (1783-1852). Louis XVIII l'offrit à la comtesse du Cayla qui y tint une grande fête en 1823.

Source : Comte de Corbière, Souvenirs de la Restauration, éd. Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2012, p.I.

mardi 10 juillet 2012

Une scène qui se passe entre 1750 et 1752 : François Quesnay (1694-1774) et la poudre de perlimpinpin.

 Portrait de François Quesnay réalisé par Jean-Charles François d'après une peinture de Jean-Martial Frédou.

"Le roi [Louis XV] sortit pour aller à la figuerie avec Madame [de Pompadour], et bientôt après entra Quesnay, ensuite M. de Marigny. Je parlai avec mépris de quelqu'un qui aimait beaucoup l'argent, et le docteur, s'étant mis à rire, dit : "J'ai fait un drôle de rêve cette nuit. J'étais dans le pays des anciens Germains ; ma maison était vaste, et j'avais des tas de blé, des bestiaux, des chevaux en grand nombre, et de grands tonneaux pleins de cervoise ; mais je souffrais d'un rhumatisme, et ne savais comment faire pour aller à cinquante lieues de là, à une fontaine dont l'eau me guérirait. Il fallait passer chez un peuple étranger. Un enchanteur apparut, et me dit : "Je suis touché de ton embarras : tiens voilà un petit paquet de poudre de perlimpinpin ; tous ceux à qui tu en donneras te logeront, te nourriront, et te feront toutes sortes de politesses." Je pris la poudre et je le remerciai bien. - Ah comme j'aimerais la poudre de perlimpinpin ! lui dis-je ; j'en voudrais avoir plein mon armoire. - Eh bien ! dit le docteur, cette poudre, c'est l'argent que vous méprisez. Dites-moi, de tous ceux qui viennent ici, quel est celui qui fait le plus d'effet ? - Je n'en sais rien, lui dis-je. - Eh bien ! c'est M. de Montmartel, qui vient quatre ou cinq fois l'an. - Pourquoi est-il considéré ? - Parce qu'il a des coffres pleins de poudre de perlimpinpin." Il tira quatre louis de sa poche : "Tout ce qui existe est renfermé dans ces quatre pièces, qui peuvent vous conduire commodément au bout du monde. Tous les hommes obéissent à ceux qui ont cette poudre, et s'empressant de les servir. C'est mépriser le bonheur, la liberté, les jouissances de tout genre, que mépriser l'argent."

 Portrait de Madame de Pompadour, par François Boucher (1703-1764), 1756, huile sur toile, Musée de Munich, Alte Pinakothek.

Un cordon bleu [un chevalier de l'ordre du Saint-Esprit] passa sous les fenêtres, et je dis : "Ce seigneur est bien plus content de son cordon que de mille et mille de vos pièces. - Quand je demande au roi une pension, reprit Quesnay, c'est comme si je lui disais : "Donnez-moi un moyen d'avoir un meilleur dîner, d'avoir un habit bien chaud, une voiture pour me garantir de la pluie et me transporter sans fatigue." Mais celui qui lui demande ce beau ruban, s'il osait dire ce qu'il pense, dirait : "J'ai de la vanité, et je voudrais bien, quand je passe, voir le peuple me regarder d'un œil bêtement admirateur, se ranger devant moi ; je voudrais bien, quand j'entre dans une chambre, produire un effet, et fixer l'attention des gens qui se moqueront peut-être de moi à mon départ ; je voudrais bien être appelé monseigneur par la multitude." Tout cela n'est-il pas du vent ? Ce ruban ne lui servira de rien dans presque tous le pays ; il ne lui donne aucune puissance ; mais mes pièces me donnent partout les moyens de secourir les malheureux. Vive la toute-puissance poudre de perlimpinpin !"
A ces derniers mots, on entendit rire aux éclats dans la pièce d'à-côté, qui n'était séparé que par une portière. La porte était ouverte, le roi entra avec Madame et M. de Gontaut. Il dit : "Vive la poudre de perlimpinpin ! Docteur, pourriez-vous m'en procurer ." Le roi était rentré, et il lui avait pris fantaisie d'écouter ce que l'on se disait. Madame fit de grandes amitiés au docteur ; et le roi, riant et parlant de la poudre avec éloge, sortit.

Portrait de Louis XV en buste (1710-1774), par Quentin de La Tour (1704-1788), 1748, Musée du Louvre.

Je m'en allai, et le docteur aussi. Je me mis à écrire aussitôt cette conversation. On me dit depuis que M. Quesnay était fort instruit de certaines choses qui ont rapport aux finances, et qu'il était un grand économiste ; mais je ne sais pas trop ce que c'est. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il avait beaucoup d'esprit ; il était fort gai et fort plaisant, et très habile médecin."

Source : Mémoires sur Louis XV et Madame de Pompadour, par Madame de Hausset, éd. Mercure de France, coll. le Temps retrouvé, (1985) 2002, pp.38-40.

mercredi 20 juin 2012

Versailles après la Révolution française.

Réalisation : ALOEST Productions, François-Hugues de Vaumas et Xavier de Lauzanne, E.P.V. 2012, tous droits réservés.

mercredi 6 juin 2012

Le musée de Cholet et les guerres de Vendée.

Présenté par grégoire de Chatillon, images d'Arnaud Barrier, montage de Grégoire de Chatillon.

Direction Cholet pour découvrir le musée d'Art et d'Histoire, consacrée en partie à l'histoire des guerres de Vendée. (DROITS RESERVES . Pour toute exploitation sur TV, web, mobile, aller sur http://wizdeo.com/s/banqueimages )

Louis-Marie de Salgues, marquis de Lescure, grièvement blessé.

"On me cacha ce qui regardait M. de Lescure. Le bruit de sa mort était répandu. Je ne m'en doutais nullement. Au contraire, chacun m'assurait que sa santé était bonne, mais que la déroute l'avait conduit vers Beaupréau et non à Cholet, ce qui m'empêchait d'en recevoir des nouvelles.

Louis-Marie de Lescure (1766-1793), par Robert Lefèvre (1755-1830), 1818, musée d'art et d'histoire de Cholet.

Voilà l'histoire de ce combat, qui se donna le 15 octobre. M. de Lescure, suivant son ordinaire, était à l'avant-garde et le premier de tous. Les généraux, comme nous l'avons vu, étaient toujours obligés de payer de leur personne, en enfants perdus. M. de Lescure savait que l'avant-garde des ennemis était tout près de lui. Il arrête les paysans et leur dit qu'il allait les reconnaître. Il monte, suivi du petit Beauvollier, un tertre élevé, se trouve dans les champs, et y voit, à quinze pas seulement, un bataillon républicain. Il crie aussitôt aux paysans : "Avancez !" en leur faisant signe du sabre, et reçoit en même temps toute la décharge des bleus, dont une balle lui traversa la tête, étant entrée entre la tempe gauche et la fin du sourcil, et sortie derrière l'oreille. Il tomba raide de cheval.
Le petit de Beauvollier, qui lui était tout dévoué, perdit la tête et, au lieu de songer à le secourir, jeta son sabre en poussant les hauts cris et parcourut toute l'armée en disant qu'il était mort, ce qui jeta l'alarme. Cependant l'avant-garde, qui était au bas du tertre, entendant crier : "Avancez !", s'était élancé dans le champ avec tant de fureur, qu'elle passa sur son général sans le voir et fit d'abord reculer l'avant-garde ennemie.
Bientôt, les Mayençais reprirent le dessus, nous battirent et nous forcèrent de nous réfugier à Cholet. Cette bataille se donna dans les avenues du château de la Tremblaye, entre Tiffauges et Cholet. Quant à M. de Lescure, Bontemps, son domestique, arriva deux minutes après qu'il fut blessé. Il le trouva baigné dans son sang et presque sans connaissance. Voyant cependant qu'il respirait encore, il le fit attacher en croupe derrière lui et, soutenu par deux soldats, il trouva le moyen de le sauver par miracle au milieu de la déroute, ne pouvant aller qu'au pas. Il le mena à Beaupréau, dont le hasard lui avait fait prendre le chemin, après avoir couru les plus grand dangers.
Toute l'armée s'était réfugiée à Cholet. Comme on n'y avait pas vu arriver M. de Lescure, on ne douta plus de sa mort, que le petit de Beauvollier avait annoncé."

Le Général Lescure blessé passe la Loire à Saint-Florent, par Jules Girardet, 1882, Musée Birkenhead, Grande-Bretagne.

Source : Mémoire de la marquise de La Rochejaquelein, éd. Centre de vendéen de recherches historiques, coll. mémoire de Vendée, 2010, pp.262-263.

Henri de la Rochejaquelein, généralissime à 21 ans.

 Portrait d'Henri du Vergier, comte de la Rochejaquelein, par le baron Pierre-Narcisse Guérin (1774–1833), 1817, musée d'Art et d'Histoire, Cholet.

"L'armée n'avait plus de général. M. de Lescure envoya chercher plusieurs des principaux officiers et leur dit qu'il fallait en élire un. Ils répondirent que c'était lui qui était généralissime de droit, et qu'ils espéraient qu'il pourrait se rétablir et les commander. Alors il leur dit : "Je crois que je suis blessé à mort, mais quand même j'en reviendrais, je serais longtemps hors d'état de servir. La position de l'armée exige sur-le-champ un chef. Il en faut un qui soit aimé et connu de tous les paysans des différentes armées, et qui réunisse a confiance. C'est le seul moyen de nous sauver. M. de la Rochejaquelein, outre ses droits après moi, est le seul ici qui soit connu de toutes les armées. Mon beau-père, n'étant pas du pays, réunirait moins la confiance. Il faut réanimer sur-le-champ les soldats. Je donne ma voix à M. La Rochejaquelein et vous de prie de le nommer, si vous êtes tous du même avis. Quant à moi, si je réchappe de ma blessure, vous pouvez être sûrs que je n'aurai jamais aucune dispute avec Henri. C'est mon ami, et je vous déclare que je ne veux être que son aide de camp. Ces messieurs allèrent tenir Conseil de guerre et nommèrent Henri généralissime."

Source : Mémoires de la marquise de La Rochejaquelein, éd. Centre vendéen de recherches historiques, coll. mémoire de Vendée, 2010, p.275.

vendredi 4 mai 2012

Maurice Gigost d'Elbée et le soulèvement paysan et populaire contre les armées de la République.

"Dans cette Vendée tranquille et lointaine, les échos des fureurs révolutionnaires, de la guerre, le fracas de la chute du trône et de l'exécution du roi, tout cela commençait à troubler les âmes et les esprits des paysans et des nobles, toujours lents à s'émouvoir. Parmi eux, paisible entre les paisibles, Maurice d'Elbée continue de vivre, avec son épouse très chère, sa vie sans histoire de gentilhomme campagnard. Bien sûr, il déplore les évènements - et il pleure le roi. Mais que faire ? Cet ancien lieutenant aux armées, qui est pourvu de quelque science militaire, n'imagine pas qu'un soulèvement soit possible contre les Républicains qui possèdent les meilleurs troupes du monde. A cette époque, d'Elbée nous est décrit comme "un homme de taille moyenne, mince, le teint brun, les yeux vifs et enfoncés qui ajoutaient encore à la gravité d'une physionomie naturellement sombre et sévère : le ton de sa voix était bas et même rauque..."

Maurice Gigost d'Elbée (1752-1794), par Paulin Guérin, début XIXe siècle, Musée d'art et d'histoire de Cholet.

Nous voici au 12 mars 1793. Au début de l'année 1791, le ménage d'Elbée a perdu un enfant. Or Madame d'Elbée arrive au terme d'une nouvelle grossesse et, malgré les difficultés de l'heure, tout se passe bien. Marguerite donne un fils à Maurice : quelle joie pour cet homme qui va fêter ses 41 ans dans quelques jours... Un fils !
D'Elbée protégeant les prisonniers républicains après la bataille de Chemillé, par Marie Felix Edmond de Boislecomte, XIXe siècle, Musée d'Histoire et des Guerres de Vendée Cholet, France.

Cependant, en Vendée, de toutes parts les révoltent éclatent ; elles n'épargnent pas la région de La Loge. On dit que Jacques Cathelineau a pris la tête d'un groupe de paysans armés - que Stofflet, garde-chasse, en a fait autant - que telles villes de la contrée sont déjà prises par les Vendéens révoltés. Et voilà que plus de deux mille paysans, dans une rumeur de cris rythmés par l'étrange claquement de sabots - des hommes armés de piques, de faux et de quelques fusils - parviennent devant La Loge, poussent la barrière, appellent violemment "Monsieur d'Elbée... Monsieur d'Elbée" ! Ils veulent tout simplement que d'Elbée prenne leur tête, pour chasser les Républicains de Vendée. Maurice d'Elbée les raisonne : "Comment et avec quoi pourrions-nous résister aux soldats de la République, aux troupes de ligne ?" Ils insistent, et le lendemain, d'Elbée cède.

Mort du général D'Elbée, par Le Blant, XIXe siècle, Musée de Noirmoutier.

Il en ira de même pour les autres grands chefs vendéens qui vont soulever l'Ouest : ce n'est pas d'eux que vient le mouvement de révolte. Il vient de ces paysans qui n'ont guère que leur faux en main. Donc, et ce trait est essentiel, il s'agit ici d'un soulèvement paysan et populaire, dont les animateurs sont allés "dénicher" leurs "bons nobles" pour qu'ils se mettent à leur tête."

Source : Préface de Michel de Saint Pierre in Jean Epois, D'Elbée ou l'Epiphanie sanglante, les éditions du Choletais, 1984, pp. IV-V.